Transformer les données climatiques en décisions d’adaptation

Le Rapport sur le climat changeant du Canada 2026, publié en septembre par Environnement et Changement climatique Canada, dresse un constat clair : le climat auquel nos collectivités et nos organisations doivent se préparer n’est plus celui des dernières décennies.

Au cours des 75 dernières années, la température moyenne au Canada a augmenté de 2,0°C. Dans le Nord canadien, cette hausse atteint 2,6°C. Et à court terme, la température moyenne annuelle au pays devrait encore augmenter d’environ 1°C entre 2021 et 2040. Le rapport documente également des changements déjà observés ou appelés à s’intensifier : chaleurs extrêmes, précipitations intenses, sécheresses, feux de forêt, transformation du cycle de l’eau, réduction de la couverture de neige et de glace et élévation du niveau de la mer selon les régions. 

Ces connaissances scientifiques sont essentielles. Mais pour les municipalités, universités, entreprises et autres organisations, elles ne constituent que le point de départ.

La question devient rapidement : qu’est-ce que ces changements signifient concrètement pour nos activités, nos infrastructures et nos décisions?

Passer de la donnée climatique au risque pour l’organisation

Une hausse de température ou une augmentation des précipitations extrêmes ne constitue pas, à elle seule, un risque pour une organisation.

Le risque dépend aussi de ce qui est exposé à l’aléa et de sa vulnérabilité. Une même pluie intense pourra ainsi avoir des conséquences très différentes selon la capacité du réseau de drainage, l’imperméabilisation du territoire, la localisation des infrastructures essentielles ou les mesures de protection déjà en place.

De même, une vague de chaleur peut affecter à la fois la santé des personnes, les bâtiments, certains équipements et la continuité des opérations.

L’analyse des risques climatiques permet précisément de faire le lien entre « comment le climat évolue-t-il? » et « qu’est-ce que cela signifie pour notre organisation ou notre territoire? »

Nous avons documenté plus en détail cette étape dans cet article

Plan climat : réussir l’analyse des risques

L’objectif n’est pas d’étudier tous les impacts possibles avec le même niveau de détail, mais plutôt d’identifier les vulnérabilités et les risques les plus significatifs afin de concentrer les efforts là où ils peuvent avoir le plus d’effet.

Identifier les priorités avant de choisir les solutions

Une démarche d’adaptation commence généralement par un portrait climatique, suivi d’une analyse de l’exposition et des vulnérabilités. Les risques peuvent ensuite être évalués selon leur probabilité et leurs conséquences.

Cette priorisation fournit une base structurée pour identifier les mesures d’adaptation.

Face aux pluies abondantes, par exemple, les réponses possibles peuvent être très différentes : amélioration du drainage, infrastructures vertes, modification de l’aménagement, protection de certains actifs, amélioration des procédures d’urgence ou révision des critères utilisés lors de la conception de futurs projets.

L’adaptation ressemble donc moins à un catalogue de solutions qu’à une démarche de gestion des risques appliquée à un climat qui évolue.

McGill : intégrer les risques climatiques à la gestion de l’organisation

La démarche réalisée à l’Université McGill montre comment cette approche peut être appliquée à une organisation complexe.

En 2023, CCG a réalisé l’évaluation des risques climatiques de l’Université en collaboration avec plusieurs services de McGill, sous la direction du Bureau du développement durable et de l’Audit interne. L’analyse s’est notamment penchée sur les dimensions humaines, opérationnelles, financières, de conformité, de réputation ainsi que d’environnement et de durabilité. 

La démarche a permis d’identifier les risques prioritaires auxquels sont exposés les campus. McGill a notamment identifié cinq risques jugés critiques associés aux vagues de chaleur prolongées et aux précipitations extrêmes et vise à traiter 100 % de ses risques climatiques critiques d’ici 2030

L’intérêt de cette démarche réside également dans son intégration au cadre existant de gestion des risques de l’Université. L’évaluation climatique ne devient donc pas un exercice parallèle : elle vient enrichir les processus de gestion et de décision déjà utilisés par l’organisation. La synthèse publiée par McGill indique également que 57 mesures potentielles d’adaptation ont été identifiées pour répondre aux dix principaux risques analysés. 

Découvrir la démarche de résilience climatique de l’Université McGill

Des plans d’adaptation aux décisions quotidiennes

Pour les municipalités, un défi similaire se présente : une fois les risques identifiés et le plan d’adaptation adopté, comment s’assurer que ces connaissances influencent véritablement les projets?

CCG a accompagné la Ville de Québec de 2022 à 2023 dans la conception et le déploiement de son Test climat, un outil permettant d’intégrer les considérations liées à la réduction des émissions et à la résilience dans la conception et l’analyse des projets municipaux. 

Le Test climat illustre le passage d’une stratégie climatique générale à un outil utilisé dans les processus décisionnels. Il peut notamment amener les équipes à examiner la gestion des eaux pluviales, les chaleurs extrêmes, l’imperméabilisation des sols, la mobilité ou la performance énergétique d’un projet avant que les décisions ne soient figées.

Lire notre retour d’expérience : Intégrer le climat aux décisions municipales

CCG accompagne depuis plusieurs années des municipalités et des MRC dans l’élaboration de démarches et de plans d’adaptation. Cette expérience s’est notamment développée à Candiac, Victoriaville et Beaconsfield. Plus récemment, CCG a accompagné la MRC de Mékinac et la MRC Les Moulins dans l’élaboration de leurs plans climat, tous deux approuvés dans le cadre du programme Accélérer la transition climatique locale (ATCL). 

Faire de l’adaptation un processus de décision

Le nouveau Rapport sur le climat changeant du Canada fournit une base scientifique actualisée pour comprendre le climat auquel les organisations devront faire face. Mais sa valeur se concrétise lorsque cette connaissance se traduit dans la planification et les décisions.

Un plan d’adaptation ne devrait donc pas être un document consulté uniquement lorsqu’un événement climatique survient. Il peut progressivement influencer la gestion des actifs, les investissements, la conception des projets, la continuité des activités, la planification stratégique et les décisions budgétaires.

Autrement dit, la démarche ne s’arrête pas à l’identification des risques. L’objectif est de faire de l’adaptation une composante normale de la gestion de l’organisation.

Et le manque de ressources financières ne constitue pas nécessairement un obstacle à son démarrage. Plusieurs programmes peuvent aujourd’hui soutenir l’évaluation des risques, la planification et la mise en œuvre de mesures d’adaptation.

Pour connaître les principales possibilités actuellement disponibles, consultez notre article sur le financement des démarches d’adaptation et les programmes de la Fédération canadienne des municipalités.

Le climat des prochaines décennies sera différent de celui dans lequel une grande partie de nos infrastructures, de nos organisations et de nos façons de travailler ont été conçues. Comment cette nouvelle réalité influence-t-elle déjà les décisions de votre organisation?

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