Fonds Écoleader : intégrer la biodiversité en entreprise

Quand on pense entreprise et biodiversité, on pense d’abord aux secteurs forestier, agricole ou minier. Pourtant, presque toutes les organisations dépendent, directement ou indirectement, du bon fonctionnement des écosystèmes.

L’eau utilisée dans un procédé industriel, le bois entrant dans la fabrication d’un meuble, les cultures nécessaires à un produit alimentaire ou la capacité d’un milieu humide à retenir les précipitations sont autant de services rendus par la nature.

Le Fonds Écoleader – Biodiversité aide les entreprises québécoises à mieux comprendre ces relations et à les intégrer dans leurs décisions. L’aide financière non remboursable peut couvrir jusqu’à 80 % des dépenses admissibles, jusqu’à 40 000 $ pour les études, les diagnostics et la planification, et jusqu’à 75 000 $ lorsqu’un projet comprend aussi un accompagnement dans la mise en œuvre. Le programme doit prendre fin le 31 août 2027, ou plus tôt si l’enveloppe est épuisée.

Qu’est-ce qu’une démarche biodiversité en entreprise?

Une démarche biodiversité est un processus structuré qui permet à une entreprise de comprendre ses relations avec la biodiversité et de les intégrer à sa stratégie, à ses activités et à ses décisions.

Elle examine deux dimensions complémentaires : les dépendances de l’entreprise envers les écosystèmes et les services qu’ils fournissent, ainsi que les impacts, positifs ou négatifs, de ses activités et de sa chaîne de valeur sur la biodiversité. Ces relations peuvent entraîner des risques opérationnels, financiers, réglementaires ou réputationnels, mais aussi des occasions d’améliorer les pratiques, de sécuriser les approvisionnements et de renforcer la résilience.

Dans le cadre du Fonds Écoleader, le diagnostic biodiversité constitue le point de départ. Il décrit la situation actuelle, les parties prenantes, les dépendances et les impacts, puis recommande des mesures prioritaires adaptées à l’organisation. Une caractérisation de milieu naturel ou un inventaire faunique ou floristique peut le compléter lorsque le contexte le justifie, sans remplacer ce diagnostic organisationnel.

Après le bilan carbone, élargir l’analyse à la nature

Pour de nombreuses entreprises, le bilan des émissions de gaz à effet de serre a été une première étape structurante : il a permis de mesurer les émissions, d’en identifier les principales sources et de définir des actions de réduction.

La démarche biodiversité est complémentaire, mais son objet est différent. Elle examine les relations entre les activités économiques, les chaînes d’approvisionnement et le fonctionnement des écosystèmes. Les changements climatiques ne représentent d’ailleurs qu’un des cinq principaux facteurs de perte de biodiversité, avec la modification de l’utilisation des terres et des mers, la surexploitation des organismes vivants, la pollution et les espèces exotiques envahissantes.

Une entreprise qui utilise du bois dépend de la capacité des forêts à se renouveler; les feux, les sécheresses ou les insectes ravageurs peuvent perturber ses approvisionnements. Une entreprise agroalimentaire dépend de l’eau, de la fertilité des sols, de la pollinisation et de la stabilité des productions agricoles. Même une entreprise de services entretient des liens avec le vivant par ses immeubles, son mobilier, ses équipements, son énergie et ses fournisseurs. Ces dépendances et ces impacts se trouvent souvent dans la chaîne d’approvisionnement plutôt que sur les sites de l’entreprise.

Biodiversité et adaptation climatique : des démarches distinctes, mais liées

Une analyse de risques climatiques examine l’exposition de l’organisation à des aléas comme les chaleurs extrêmes, les inondations, les sécheresses ou les feux de forêt. Une démarche biodiversité étudie plutôt ses dépendances et ses impacts à l’égard du vivant et des services écosystémiques.

Les deux analyses peuvent toutefois se rejoindre. Dans les plans d’adaptation réalisés par CCG, les milieux naturels apparaissent régulièrement comme des infrastructures de résilience : un milieu humide retient une partie des eaux de pluie, une canopée urbaine réduit les températures et un sol végétalisé limite le ruissellement et l’érosion.

Cette expérience permet à CCG d’aborder la biodiversité à la fois comme un enjeu environnemental et comme une composante de la continuité des activités. Elle aide à repérer les situations où la dégradation d’un écosystème accroît la vulnérabilité d’une organisation, ainsi que les mesures d’adaptation susceptibles de renforcer sa résilience tout en générant des retombées positives pour la biodiversité.

La norme ISO 17298 comme cadre de travail

Publiée en 2025, la norme ISO 17298, Biodiversité — Prise en compte de la biodiversité dans la stratégie et le fonctionnement des organisations, fournit un cadre méthodologique pour intégrer la biodiversité aux stratégies, aux activités et aux processus décisionnels. Elle s’adresse à tout type d’organisation et peut être utilisée seule ou en complément d’un système de gestion environnementale, notamment ISO 14001.

La démarche proposée consiste à définir son périmètre, recenser les actions existantes, mobiliser les parties prenantes, évaluer et prioriser les dépendances, les impacts, les risques et les occasions, puis formaliser et mettre en œuvre un plan d’action assorti d’objectifs et d’indicateurs.

La norme adopte une logique de gestion des risques et une approche progressive. Une entreprise peut commencer avec les meilleures informations disponibles, documenter ses hypothèses et raffiner l’analyse au fil du temps. Elle peut aussi limiter d’abord la démarche à un site, un produit, une activité ou une chaîne d’approvisionnement particulièrement sensible.

Le guide du CPEQ pour passer du cadre à la pratique

La norme ISO fournit la structure générale. Le guide pratique du Conseil patronal de l’environnement du Québec, Comment intégrer la biodiversité en entreprise, aide à l’appliquer au contexte québécois.

Mis à jour en 2026, le guide présente les notions de services écosystémiques et de capital naturel, des études de cas, des outils et des cadres de référence. Il aborde neuf enjeux : la perte et la fragmentation des habitats, les milieux humides, les espèces en situation précaire, les espèces exotiques envahissantes, la surexploitation des ressources, la pollution, les changements climatiques, la biodiversité urbaine et les nuisances.

Pour chacun, il propose des exemples d’interactions avec les activités économiques, des pistes d’action et les principaux cadres réglementaires. Il peut ainsi servir à sensibiliser les équipes, à repérer les enjeux les plus pertinents et à déterminer où une analyse plus approfondie est nécessaire.

La norme ISO 17298 et le guide du CPEQ sont donc complémentaires : la première structure la démarche, tandis que le second apporte des repères concrets adaptés aux entreprises québécoises.

Le diagnostic biodiversité comme point d’ancrage du financement

Tout projet soutenu par le Fonds Écoleader – Biodiversité doit inclure un diagnostic répondant aux critères du programme ou s’appuyer sur un diagnostic déjà réalisé et validé. Inspiré de la norme ISO 17298, ce diagnostic rassemble la situation actuelle, les parties prenantes, les dépendances envers les services écosystémiques, les impacts sur la biodiversité et les mesures prioritaires.

Il constitue aussi une première étape utile pour se préparer aux recommandations de la Taskforce on Nature-related Financial Disclosures (TNFD), notamment à l’évaluation des dépendances, des impacts, des risques et des occasions prévue par l’approche LEAP. Il ne suffit toutefois pas, à lui seul, pour répondre pleinement au cadre du TNFD, qui couvre aussi la localisation des interactions avec la nature, la gouvernance, la stratégie, la gestion des risques, les indicateurs, les cibles et la divulgation.

À partir du diagnostic, l’entreprise peut notamment financer :

  •   des études complémentaires pour acquérir des données précises;
  •   l’élaboration d’un plan d’action ou d’une initiative ciblée;
  •   l’accompagnement dans la mise en œuvre des recommandations;
  •   la formation nécessaire au maintien de nouvelles pratiques;
  •   le soutien à l’aménagement d’infrastructures naturelles.

La démarche peut couvrir toute l’organisation ou commencer par un établissement, une activité, un produit ou une chaîne d’approvisionnement. L’essentiel est de conserver un lien clair entre les dépendances et les impacts identifiés, les priorités et les actions proposées.

Cette mise en ordre de l’information devient d’autant plus pertinente que les attentes de divulgation liées à la nature progressent. Le TNFD demeure volontaire, mais influence déjà les pratiques des entreprises, des investisseurs et des institutions financières. La cible 15 du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal vise aussi l’évaluation et la divulgation des dépendances, des impacts et des risques, y compris dans les chaînes de valeur.

Commencer par un diagnostic permet donc de structurer progressivement les données, de mobiliser les équipes et d’intégrer la biodiversité aux décisions avant qu’un client, un prêteur, un investisseur ou un donneur d’ordres ne demande ces informations.

Passer d’une dépendance invisible à un plan d’action

Une démarche biodiversité ne se résume pas à planter quelques arbres autour d’un établissement. Elle consiste à comprendre les liens entre les activités, la chaîne de valeur et les écosystèmes, puis à transformer cette compréhension en décisions et en actions.

Le Fonds Écoleader – Biodiversité rend cette première étape plus accessible. La norme ISO 17298 fournit un cadre robuste, tandis que le guide du CPEQ apporte des exemples et des outils adaptés au contexte québécois.

Pour une entreprise ayant déjà réalisé son bilan carbone ou commencé à analyser ses risques climatiques, il s’agit d’une évolution naturelle de sa démarche de résilience : de quels milieux naturels, ressources ou services écosystémiques la continuité de vos activités dépend-elle aujourd’hui?

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